
En zone rurale, un droit ne se refuse pas : il se trouve à trente kilomètres, dans un bureau ouvert deux demi-journées par semaine, accessible en voiture. Ce numéro mesure ce que cette distance produit, et pourquoi elle n’apparaît dans aucune statistique de discrimination.
Ce que contient le numéro « Discriminations à la campagne »
Le dossier « Discriminations à la campagne » occupe 80 pages, publiées en juillet 2026 sous le n° 21. Il s’ouvre sur un éditorial, enchaîne 6 articles signés et se termine par une chronique de jurisprudence. Trois angles y sont traités : trente kilomètres pour un droit ; saisonniers : le logement qui n’existe pas ; et le silence des petites communes. Les pièces citées — décisions, rapports, tableurs — sont jointes en fin de numéro et accessibles aux abonnés.
Éditorial — Le refus n’a pas besoin d’être prononcé
Les dispositifs de lutte contre les discriminations ont été pensés dans et pour les villes. Le testing suppose un marché avec plusieurs offres. Le recours suppose une permanence juridique. La médiation suppose un médiateur. Retirez tout cela et il ne reste pas une discrimination moindre : il reste une discrimination qui ne se voit pas, parce que personne n’est en position de la constater.
Ce numéro prolonge le n° 14, paru en décembre 2021 sur les ruralités. Quatre ans plus tard, nous sommes retournés dans deux des trois départements, avec la même méthode. Une chose a changé : la dématérialisation, qui devait rapprocher les droits, a fermé des guichets sans ouvrir d’accès.
Le sommaire du n° 21
Le sommaire est ouvert à tous. Les articles suivis d’un extrait sont lisibles sans abonnement ; le numéro complet, ses pièces jointes et son PDF sont réservés aux abonnés.
- p. 4Éditorial — Le refus n’a pas besoin d’être prononcéHélène Brassart
- p. 8Trente kilomètres, deux demi-journéesCartographie de l’accès physique aux droits dans deux départementsSamir Ould-Kaci
- p. 24Le non-recours, mesuré autrementCroisement des taux départementaux avec la distance au premier guichetYannis Perrot
- p. 38Le secrétaire de mairie, travailleur social malgré luiOnze communes, une fonction qui n’existe dans aucun texteSamir Ould-Kaci
- p. 50Saisonniers : le logement qui n’existe pasEnquête sur l’hébergement des travailleurs agricoles dans deux bassinsLoubna Feriel
- p. 62Handicap en zone rurale : ce que coûte l’éloignementTransport, aide humaine, scolarisation : les surcoûts, chiffrésYannis Perrot
- p. 72Ce que la dématérialisation a ferméSix ans de suppressions de guichets, département par départementHélène Brassart
- p. 78Chronique de jurisprudenceAccès aux services publics et égalité territorialeDelphine Rouaud
L’article ouvert : Trente kilomètres, deux demi-journées
Il faut prendre la mesure de ce que signifie « la maison France Services est à trente kilomètres ». Pour une personne motorisée, en bonne santé, disposant de ses journées, c’est une contrainte. Pour une personne âgée qui ne conduit plus, une personne en situation de handicap, ou une salariée en horaires postés, c’est un droit qui n’existe pas.
Nous avons cartographié, dans deux départements, la distance entre chaque commune et le premier lieu d’accueil physique permettant d’ouvrir un droit — allocation, reconnaissance de handicap, aide au logement. La distance médiane est de 19 kilomètres. Pour un quart des communes, elle dépasse 31 kilomètres. Ces chiffres sont publics : ils figurent, dispersés, dans les schémas départementaux d’amélioration de l’accessibilité des services.
Ce que les schémas ne disent pas, c’est l’amplitude d’ouverture. Sur les vingt-deux points d’accueil recensés, sept ouvrent moins de dix heures par semaine, et quatre uniquement sur rendez-vous pris en ligne — c’est-à-dire au terme de l’étape que la personne venait précisément faire aider.
Le maire devient alors le recours. Dans les onze communes où nous avons passé plusieurs jours, le secrétariat de mairie assure de fait une permanence sociale non prévue, non financée, et assurée par une personne qui n’y a pas été formée. Cinq secrétaires de mairie nous ont dit remplir régulièrement des dossiers de reconnaissance de handicap. Deux ont reconnu avoir renoncé à en remplir certains, faute de savoir les faire.
Le renoncement au droit ne produit pas de trace. Il n’y a pas de dossier refusé, pas de courrier, pas de plainte : il n’y a rien. C’est ce rien que ce numéro essaie de chiffrer, en croisant les taux de non-recours départementaux avec la carte des distances. La corrélation est forte, et personne ne la publie.
La suite du n° 21 est réservée aux abonnés
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- Les 25 numéros d’archives, du n° 1 de 2016 à aujourd’hui
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