
Une classe de première suivie pendant une année scolaire complète, de la fiche de vœux à la réponse Parcoursup. Trente-deux élèves, le même lycée, les mêmes professeurs — et à l’arrivée, des trajectoires qui se séparent selon des lignes que personne dans l’établissement n’a décidées.
Ce que contient le numéro « L’école qui trie »
Le dossier « L’école qui trie » occupe 92 pages, publiées en juin 2026 sous le n° 20. Il s’ouvre sur un éditorial, enchaîne 6 articles signés et se termine par une chronique de jurisprudence. Trois angles y sont traités : parcoursup : les lycées d’origine comptent ; les options comme frontière ; et une classe suivie pendant un an. Les pièces citées — décisions, rapports, tableurs — sont jointes en fin de numéro et accessibles aux abonnés.
Éditorial — Personne ne trie, et pourtant
Aucun des adultes que nous avons rencontrés dans ce lycée ne trie qui que ce soit. Les professeurs principaux passent des heures sur les fiches Avenir. La proviseure adjointe a mis en place un dispositif d’accompagnement renforcé. Le conseiller d’orientation reçoit chaque élève au moins deux fois. Et pourtant, à la fin de l’année, l’écart entre ce que demandent les élèves selon leur origine sociale, à notes identiques, est de l’ordre de ce que mesurent les grandes enquêtes nationales.
C’est ce décalage qui donne son titre à ce numéro. Le tri ne se produit pas dans une décision : il se produit dans une accumulation de conseils raisonnables, de prudences bien intentionnées et de renoncements anticipés. Le documenter suppose d’être là quand il se forme, pas de le reconstituer après coup à partir des données.
Le sommaire du n° 20
Le sommaire est ouvert à tous. Les articles suivis d’un extrait sont lisibles sans abonnement ; le numéro complet, ses pièces jointes et son PDF sont réservés aux abonnés.
- p. 4Éditorial — Personne ne trie, et pourtantHélène Brassart
- p. 8« Vise quelque chose de sûr » : chronique d’une annéeUne classe de première suivie de la fiche de vœux à la réponse ParcoursupDelphine Rouaud
- p. 28Ce que l’algorithme fait des lycées d’origineLes paramètres publics de Parcoursup, et ce qu’ils produisentYannis Perrot
- p. 42Les options comme frontièreLatin, section européenne, spécialités rares : la carte des accèsYannis Perrot
- p. 56Élèves allophones : l’orientation par défautEnquête dans trois académies sur les affectations en voie professionnelleSamir Ould-Kaci
- p. 70Ce que dit le droit de l’orientation subieRecours, délais, jurisprudence administrativeDelphine Rouaud
- p. 80Un dispositif qui marche, et pourquoiLe tutorat d’un lycée de l’académie de Lille, évalué sur six promotionsNoémie Trarieux
- p. 88Chronique de jurisprudenceÉcole, affectation, discrimination : les décisions du trimestreDelphine Rouaud
L’article ouvert : « Vise quelque chose de sûr » : chronique d’une année
En novembre, la classe est encore indistincte. Interrogés sur leurs souhaits, vingt-neuf élèves sur trente-deux citent une formation sélective : école d’ingénieurs, classe préparatoire, IUT, licence à capacité limitée. Les moyennes du premier trimestre s’échelonnent de 8,4 à 17,1.
En février, après le premier conseil de classe et les entretiens d’orientation, seize élèves ont modifié leur liste. Quinze l’ont modifiée vers le bas — c’est-à-dire vers une formation moins sélective. Ces quinze élèves ont une moyenne médiane de 12,3. Les élèves qui n’ont pas modifié leur liste ont une moyenne médiane de 12,1.
Autrement dit : à niveau égal, certains ont revu leurs ambitions, d’autres non. Nous avons repris les enregistrements des entretiens, avec l’accord des familles et de l’établissement. La phrase qui revient le plus souvent, dans la bouche des adultes comme dans celle des élèves, est une variante de « vise quelque chose de sûr ».
Elle n’est jamais dite au hasard. Elle est dite à un élève dont on sait que la famille ne pourra pas financer un redoublement, à un élève qui a déjà un petit frère en difficulté, à un élève qui vient de loin et pour qui l’internat pose problème. Ce sont de bonnes raisons. Prises une à une, elles sont même bienveillantes. Additionnées sur trente-deux élèves, elles produisent un tri social que le conseil de classe n’a jamais délibéré.
En mai, les réponses Parcoursup arrivent. Les quinze élèves qui avaient revu leur liste ont un taux d’acceptation en premier vœu de 87 %. Ceux qui ne l’avaient pas revue : 41 %. On peut lire ce chiffre comme la preuve que le conseil était bon. On peut aussi le lire comme la mesure de ce qu’il a coûté.
La suite du n° 20 est réservée aux abonnés
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